Comme tous les membres de sa famille, le Phalarope à bec large a un plumage inversé. En période de reproduction les femelles polyandres sont nettement plus colorées que les mâles, elles paradent et se battent pour un mâle qui couve et élève seul la nichée alors que ces dames partent en migration dès fin juillet pour retrouver le soleil et la richesse des eaux côtières africaines.
Le Phalarope à bec large est observé depuis 1980 sur le Parc en moyenne tous les deux ans environ (la dernière observation date du 20 janvier 2023) avec l’observation la plus précoce le 21 août 1980. Huit observations ont été faites en hiver montrant un réel hivernage au large de nos côtes. Il est le plus souvent isolé avec un maximum de 3 individus lors de la période très venteuse de novembre 2009.
Mardi 16 septembre le vent continue à souffler sans néanmoins atteindre l’intensité d’hier. Le Phalarope à bec large vu la veille est toujours strictement à la même place entre deux roselières au pied du poste 4 roulant sur le flot de vagues comme un jouet aquatique mécanique. Mais un nouveau est arrivé sur le début du parcours, bien en évidence au bord du chemin sans aucune crainte des visiteurs. Mais cette fois c’est un Phalarope à bec étroit !
Le Phalarope à bec étroit est un petit échassier nichant en Scandinavie et en Russie, avec quelques rares couples en Ecosse partant en migration en haute mer pour finalement ensuite traverser l’Europe par les terres en direction de la mer Noire et de la mer Caspienne et aller hiverner en groupe le long des côtes du Golfe persique (Mer d’Oman, golfe arabique…) et dans l’Océan indien…un sacré et étrange périple migratoire en boucle. Et pour ceux qui niche en Islande, il traverse l’océan atlantique et en longeant les côtes américaines, il faut hiverner au large du Pérou !!! Un exploit finalement pour un limicole du genre minus (25 à 50 grammes, un Moineau domestique pèse 30 grammes !). Les Chevaliers guignette qui passent à côté de lui paraissent « presque obèses » et les Bergeronnettes grises se sentent valorisées !
Comme tous les membres de sa famille, il a aussi la particularité rare que le mâle est moins coloré que la femelle puisque celle-ci parade et est polyandre laissant au mâle le soin de s’occuper seul de la couvée et de l’élevage rapide des poussins. Attention, en bon pélagique, il n’est présent qu’à marée haute et quand il y a un bon coup de vent ! Notre globetrotteur a aussi une autre particularité, celle de nager activement en rond comme une toupie en provoquant des tourbillons pour faire remonter les micros invertébrés en surface et d’être hyper actif. Il a tout finalement pour être parfait, efficace et moderne !
Observé tous les ans et demi de 1973 à 1993, ce phalarope est observé maintenant quasiment chaque année de 1994 à 2025 au parc. Comme au niveau national, la majorité des données concerne la migration postnuptiale. Mais les observations de printemps augmentent aussi (8) s’étalant du 28 avril (1986) à la mi-juin. Avec le réchauffement climatique les périodes de forts vents augmentent obligeant les oiseaux à fréquenter de plus en plus le parc comme zone refuge. Le Parc du Marquenterre est devenu un des lieux les plus réguliers en France (environ seulement une cinquantaine d’oiseaux observés par an !) pour l’observation de ce petit limicole. Deux phalaropes d’espèce différente la même journée ce n’est vraiment pas fréquent …mais on avait vraiment un temps de phalarope !!!
P Carruette 1 er octobre 2025