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Coup de vent violent

Coup de vent violent en Manche.

Au milieu de ces flots dénudés et démontés, on peut se demander comment se comporte la vie sauvage et d'ailleurs y a-t-il une vie qui résiste en surface à de tels vents. Hé oui sans soucis. Les espèces d'oiseaux pélagiques, qui vivent en haute mer, vivent au quotidien depuis des milliers d'années ces perturbations. Mouettes tridactyles, Fous de Bassan, goélands et labbes semblent jouer avec les rafales de vent qui les déséquilibrent à peine. Nous sommes toujours en admiration devant une telle aisance. Ne pas offrir de résister et utiliser l'envergure profilée pour planer et se faire porter, soulever par le vent pour se maintenir comme un cerf-volant vivant. En mer, sur l'eau, guillemots, pingouins tordas et macareux sont en pleine migration de remontée sur les sites rocheux de nidification des falaises d'Europe du Nord. Ballottés par les flots, entre deux creux de vagues, épousant chaque rouleau aussi violent soit-il, ils semblent étonnamment à l'aise.  Reste la difficulté vitale de se nourrir. Pour les oiseaux se nourrissant en surface de l'eau comme les Fulmars boréaux ou les Mouettes tridactyles les mouvements des flots sont un réel handicap tant pour repérer la nourriture que pour la saisir. Pour les Fous de Bassan qui agissent en plongée depuis le ciel, là aussi la localisation des proies est bien plus difficile.  Pour les espèces se nourrissant en plongée depuis la surface de l'eau comme les alcidés et les plongeons c'est plus facile mais il faut aller plus en profondeur sur des zones plus calmes et la dépense d'énergie est accrue. Des oiseaux notamment les espèces les plus proches de la côte comme les macreuses, eiders et grèbes en migration marine peuvent aller se réfugier temporairement à marée haute dans les criques naturelles, ou ports et jetées plus à l'abri du vent. La complication est avant tout dans la durée. Si ces conditions tempétueuses se prolongent au-delà d'une dizaine de jours, un affaiblissement peut se produire notamment chez les individus les plus jeunes qui vivent leur première tempête et n'ont pas l'expérience des adultes (les oiseaux marins sont dans la catégorie des espèces à la plus longue longévité). Le stress de ne pas pouvoir accéder à la nourriture va provoquer des ulcères à l'estomac ou un développement parasitaire accru sur les corps affaiblis. C'est là que peuvent se produire d'importantes mortalités à caractère exceptionnelle comme en hiver 1994 où des Mouettes tridactyles ont été trouvées en nombre échouées sur le littoral. Ces hécatombes, rares, sont bien supportées par ces espèces à condition que leurs effectifs et leur développement de population soient florissantes. Et pour certaines espèces ce n'est plus le cas avec la baisse drastique des ressources en poissons en Manche notamment. 

Sur les vasières à peine découvertes par une mer qui n'en finit pas de descendre des milliers de Bécasseaux variables se nourrissent en baies. Comment de si petits êtres (40 à 60 grammes) peuvent tenir debout sur un vaste espace ouvert alors que nous tenons à peine debout avec des vents de 120 km/heure dans ces lieux sans obstacle. C'est là aussi que la petite taille est aussi un avantage offrant moins de résistance au vent. Les oiseaux se placent bien face au vent, dans le sens du plumage hermétique où glisse l'air sans rencontrer de résistance. Les bécasseaux restent aussi plus regroupés, chacun se protégeant mutuellement au grès des mouvements tête baissée à sonder la vase. Les violents mouvements des flots ont aussi tout de même cet avantage de brasser et déposer des masses de nourriture venant des fonds. Sur la plage, linottes, chardonnerets et bruants s'abritent dans les creux de dunes. Un simple vent de 45 km/heure emporte 100 grammes de sable blanc et sec à la minute sur un mètre carré. On comprend ainsi comment une plage peut en hiver s'engraisser ou se vider de ses matériaux en une seule nuit. Une nouvelle « dunette » peut ainsi naître, un nouvel habitat, qui pourra disparaître ou se pérenniser avec les premières pousses de cakiler maritime ou d'Elyme des sables selon la bonne volonté des flots.

Philippe Caruette 11 février 2020

Crédit photo V Caron