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En allant chez le boulanger..

La sortie matinale pour aller rendre visite à notre boulangerie habituelle commence bien.

 A peine sortie de la maison, résonnent au sommet du grand cèdre du voisin les gazouillis fébriles du Serin cini. Un serin sauvage, le premier avril est pourtant bien passé ? C'est pourtant bien une espèce totalement sauvage qui au début du 19ème siècle avait son aire de répartition limitée à la partie sud de la France.

 Rondouillard, placide et discret, ce petit fringille de 10 grammes recherche la chaleur et la lumière, où il recherche sa nourriture de granivores dans les espaces dégagés avec quelques grands arbres. Il trouve son bonheur dans nos jardins suffisamment arborés et les parcs des petites villes et villages. Il ne se fait vraiment remarquer que lorsqu'il chante au sommet d'une antenne télé et par son vol nuptial décousu ressemblant à celui d'une chauve-souris. Ce n'est que début mai que la femelle va couver seule 3 ou 4 œufs dans un minuscule nid à l'extrémité d'une branche, souvent dans un conifère. Les jeunes seront alimentés par les parents pendant deux semaines au nid et autant en dehors du nid. Si nombre de « nos » serins hivernent en Espagne, certains peuvent maintenant hiverner dans notre région.

Du grand cèdre descend maintenant un écureuil roux doublant la surprise matinale. En avril, les petits sont au nid, et la femelle s'éloigne pour trouver des sources de nourriture tant végétale que parfois animale. Repéré, il vous invective comme toujours de ces « diouk-diouk » répétés, se cachant derrière le tronc. Son retour vers la zone plus forestière va se faire…par le fil du téléphone ! L'agilité du rouquin est légendaire, mais il n'aime guère aller au sol pour sa sécurité !

Un petit détour rapide par le marais (préservé par un judicieux arrêté de biotope) nous permet la rencontre de cinq Merles à plastron. L'oiseau nous avait été signalé la veille par un naturaliste local Christophe Lebrun. Cet oiseau sombre comme un Merle noir est en effet bien repérable, depuis la route, à son croissant blanc à la poitrine. En France une sous espèce niche en zones montagneuses. Mais les oiseaux qui passent en migration dans notre région sont une autre sous espèce qui a hiverné dans les montagnes du Haut Atlas saharien marocain et dans les massifs algériens et remontent vers l'Ecosse et la Scandinavie. Dans notre région il est surtout observé en stationnement de printemps, plus discrètement au retour d'octobre à novembre en même temps que les mouvements de Merles noirs. De rares oiseaux peuvent même parfois décider de nicher en plaine comme ce fut le cas en 1986 au Cap Gris Nez ou dans les Monts d'Arrée (Finistère) mais sans jamais avoir une population pérenne comme celle de la sous espèce Alpestris. C'est aussi l'occasion sur ce marais au cœur du hameau, d'observer en haut des tiges de genêts les mâles de Tariers pâtre ou de Pipit farlouses qui défendent leurs territoires, alors que les premiers couples de Foulques macroules ont charge de famille.

Les périodes ensoleillées de début avril ne sont pas pour déplaire aux premiers papillons croisés en chemin. Après le connu papillon Citron qui porte bien son nom, le papillon Aurore nous apporte une touche orangée. Le mâle est en effet blanc avec une tache avec le bout des ailes orangé. Extrêmement actif il part à la recherche de femelle blanche avec la pointe des ailes sombres (c'est une espèce de la famille des Piérides comme celle bien connue du chou). Sortir aussi tôt correspond à la floraison et au développement maximale de la plante hôte pour recevoir les œufs : la belle Cardamine des prés et à d'autres crucifères comme la Moutarde sauvage. Chaque œuf est pondu de manière isolé à la base du bouton floral de la plante. Après une rapide semaine d'incubation la petite « chenillette » va vite se développer pour prendre une couleur verte qui la fait passer inaperçu. Après s'être transformée en chrysalide, elle ne sera un papillon que dans dix mois l'année prochaine (une seule génération pour cette espèce).

Presque de retour au bercail, au loin dans les champs, deux chevreuils se poursuivent. En avril les mâles de chevreuil ont perdu leur velours, en tout cas pour les plus âgés. Fini le regroupement en harde, il s'agit maintenant de bien défendre le territoire contre les autres brocards avant le rut estival. Les chevrettes elles ont le ventre bien arrondi, et vont bientôt mettre bas à la fin du mois. Cela nous fait penser et rêver à plus loin. En Vanoise ou dans le Mercantour, après 23 semaines de gestation les chamois sont aussi accompagnés de leurs petits. Elles vont former des troupes familiales avec les jeunes mâles et jeunes femelles de l'année précédente ; Rapidement les petits vont être aussi agiles que les adultes sur les crêtes et les pierriers. Dans ce trouble collectif mondial qui ne touche que les Humains, on voit, on imagine que la vie des « autres » continue...et cela nous rassure pour l'avenir, pour notre avenir.

P Caruette 13 avril 2020 Crédit photo S Bouilland