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Fin juin départ des premiers migrateurs

La fin juin marque déjà le retour des premiers migrateurs. L’automne des oiseaux commencent en effet dès la baisse de la durée du jour et la fin du cycle reproducteur. Pour des oiseaux très nordiques il n’est généralement pas possible de faire deux couvées. Et pourtant bien des oiseaux nichent encore chez nous, notamment ceux nombreux qui ont pu cette année bénéficier d’une deuxième couvée ou d’une couvée de remplacement. Les premières Barges à queue noire, Sternes caugek, Mouette mélanocéphales ou Vanneaux huppés descendent en groupe du Benelux. Ces premières arrivées peuvent être tout aussi bien des oiseaux qui ont échoué dans leur reproduction que des oiseaux immatures ou juvéniles qui n’ont guère d’attache. Mais de jeunes oiseaux ne vont pas tout de suite spontanément vers le Sud. Ainsi un jeune chardonneret bagué à peine volant à Rue fut retrouvé en octobre dans les Ardennes belges ! De jeunes Grands cormorans, Héron cendré, Grande Aigrettes nés cette année en Loire Atlantique se retrouvent en été…en Baie de Somme. Le plus étrange et « non rentable » pour notre esprit si cartésien est le comportement de quelques jeunes spatules de l'année nées en Loire Atlantique qui remontent en juillet en Baie de Somme avant de repartir en août septembre en …Mauritanie ! Ce type de kilomètres « inutiles » est aussi connu chez la Rousserolle effarvatte. Ce petit passereau paludicole peut être baguée juvénile au Parc du Marquenterre ou à Villers sur Authie, remonter vers le Nord Pas de Calais en été pour mieux repartir ensuite vers l’Afrique de l’Ouest quelques jours plus tard. L’erratisme des jeunes oiseaux n’a à vrai dire pas qu’une fonction migratoire. Ces jeunes qui partent dans toutes les directions découvrent ainsi de nouveaux territoires, de nouvelles sources de nourriture qu’ils vont mémoriser dans leur futur si la dure loi de la vie sauvage leur donne longue vie. Il est vrai que souvent 30 à 80 % des jeunes selon les espèces ne vont pas atteindre leur deuxième année. Certains scientifiques, mais cela est fort discutable, pensent même que sans l’action directe ou indirecte de l’Homme cette mortalité serait aussi forte. Reste que sur une estimation de plus de six milliards d’oiseaux (dont 220 millions d'hirondelles rustiques, 700.00 cigognes blanches, 40 millions de rapaces...)    survolant l’Europe en migration postnuptiale la moitié se verra doté que d’un « éphémère billet aller » sans jamais de retour !

Chez les canards nicheurs si les femelles sont bien accompagnées de poussins, ou couvent encore pour les canards plongeurs, chez les mâles c’est l’heure de la mue. Adieu les belles couleurs pour les Souchets, Colvert et autres sarcelles qui se réunissent en groupe de mâles devenus célibataires. Ils prennent un plumage déguenillé qui va se rapprocher progressivement mais inexorablement de celui des femelles hormis la couleur du bec ou des yeux. Pour les canards, oies et rallidés (foulque, poule d’eau…) aussi toutes les grandes plumes des ailes, les rémiges, tombent quasi en même temps. Cela va limiter les possibilités de vols pendant quelques semaines. Le choix d’un lieu de mue devient alors crucial : proche de ressources alimentaires abondantes, peu accessible aux prédateurs terrestres et d’une grande tranquillité pour éviter toute dépense d’énergie inutile. Il est compréhensible de voir que, dès la mue terminée, on puisse assister à une recherche intensive de nourriture de ces oiseaux. La pousse des rémiges est un des éléments physiologiques de l’oiseau qui demande le plus d’énergie avec le vol battu de longue durée.

En forêt, en bocage ou même parfois en ville, les renardeaux sont bien sortis du terrier et partent à la découverte du monde en compagnie des adultes. C’est la période là aussi la plus éprouvante pour les adultes qui doivent trouver 2 à 3 kilos de viande pour nourrir une famille parfois nombreuse et en pleine croissance. Les renardeaux prendront progressivement leur indépendance et se feront au départ la dent sur des batraciens, insectes, escargots ou quelques cadavres. C'est la période la plus risquée qui va faire des coupes sombres déjà dans cette nouvelle génération. La route et certaines maladies comme la gale vont là aussi condamner les moins valeureux ou chanceux.

Pour nombre de petits mammifères c’est aussi la découverte d’un monde nouveau. Certains ont la chance de naître dans un clan comme les loups, les blaireaux ou les sangliers où les laies souvent de même descendance se réunissent ensemble. Pour d’autres la vie sera plus dure comme les chatons de lynx ou de chat sauvage qui ne peuvent compter que sur leur mère qui plus est souvent absente pour cause de chasse.

P. Caruette 23 juin 2020  crédit photo S Bouilland