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Juillet l'heure de l’émancipation.

Une semaine de vent soutenu a marqué l'arrivée de juillet. Cela ne favorise pas les débuts de vie des jeunes oiseaux notamment ceux qui sont nés dans la canopée forestière. Sur le littoral notamment de grands poussins de Spatules blanches, Aigrettes garzettes, ou Cigogne blanche sont encore dans leur nid en « altitude ». Une brusque rafale de vent peut les faire chuter et les condamner à une mort certaine au sol. Les parents en effet ne nourrissent que dans le nid et si le jeune ne sait pas y retourner par ses propres moyens il sera à la merci du moindre prédateur terrestre ou de la famine. Les Grands cormorans ont plus de chance, leurs colonies arboricoles sont souvent les pieds dans l'eau et les grands jeunes peuvent remonter sur les branches basses et continuer à être nourris. Il est d'ailleurs étonnant de voir comment ces gros oiseaux un peu bêtas et aux pattes palmés peuvent résister aux tempêtes perchées sur des branches de saules ou d'aulnes !

A la mi-juillet se dessine les premières baisses significatives de la durée jour entreprises dès la fin juin.  Eléments naturels immuables parfaitement perceptibles par les espèces animales et qui est le premier facteur déclenchant de la migration postnuptiale. Pour la majorité des espèces la reproduction est terminée, pourquoi dont rester sur un territoire qui a déjà été bien exploité durant la saison de nidification. Les premiers à effectuer des mouvements sont souvent les jeunes oiseaux. Sans être vraiment au départ une véritable migration bien dirigée, on nomme cela de la dispersion ou en terme plus naturaliste l’erratisme.  Ainsi voit on passer en groupe en vol en ligne bien mesuré des juvéniles de Héron cendré descendant plein sud. Ils sont pour la plupart issus de territoires proches comme les Pays Bas ou la Belgique et vont chercher leur propre territoire de pêche estival et hivernal loin des colonies où les adultes règnent sur les zones ressources. A l'inverse des Hérons pourprés juvéniles ou des Spatules blanches elles aussi de l'année peuvent remonter jusque dans notre région en provenance de Loire Atlantique ou de Vendée. Un chardonneret né et bagué à Rue en fin de printemps a ainsi été contrôlé à l'est de la Belgique en octobre de la même année. Découverte de nouveaux territoires alimentaires pour l'été avant de reprendre la route réelle vers le bassin méditerranéen ou l'Afrique de l'Ouest. C'est cet « erratisme d'ados » qui permet aussi l'installation de nouveaux couples d'oiseaux dans une région. Car tout endroit « visité » est irrémédiablement photographié, mémorisé, dans cette cervelle d'oiseau qui retient et n'oublie pas tous les avantages et les inconvénients du lieu.

Mais comme souvent dans la nature tout n'est pas si simple. Il est une espèce en ce mois de juillet qui au lieu de filer plein sud remonte en masse vers le nord ! Sur le littoral, en soirée notamment et à marée haute, on voit de nombreux vols de Tadorne de Belon en groupe de 20 à 100 oiseaux gagnant de la hauteur et adoptant la formation en V ou en ligne. Ils se dirigent vers l'estuaire de l’Elbe et dans la baie d'Helgoland en Allemagne. Début juillet se sont surtout des oiseaux non nicheurs notamment immatures, les nicheurs suivront surtout fin juillet début août. Seuls quelques adultes en charge des crèches vont muer sur place. Volant à près de 70 km/heure les vols sont rapides notamment par vent arrière et depuis la baie de Somme il ne leur faut que 6 ou 7 heures d'une seule traite en longeant le littoral pour gagner les vasières de la mer du Nord. Il faut dire que le long des côtes belges et du sud des Pays Bas l'urbanisation a souvent laissé peu de places favorables comme haltes migratoires naturelles. Ce sont la grande majorité des tadornes d'Europe de l'Ouest qui se rendent en ce lieu. Même les oiseaux nés en Camargue qui longent les cours du Rhône et du Rhin et pour qui le trajet représente 1200 kilomètres sont de la partie. Se sont ainsi plus de 200.000 tadornes qui vont se rejoindre en mer des Wadden.  Mais pourquoi un tel meeting ?  Les tadornes viennent y perdent la totalité de leurs grandes plumes des ailes et ne peuvent donc plus voler pendant quatre semaines.  Ce développement est rapide, une rémige primaire croît d'un tiers de centimètre par jour. Il faudra un peu plus de deux mois pour que la plume atteigne sa dimension finale mais heureusement l'oiseau peut s'envoler avant. Cela demande à l'oiseau beaucoup d'énergie et des oiseaux trop affaiblis notamment pour les gros canards marins comme les macreuses ou les eiders peuvent mourir lors de ce moment critique. Ils se tiennent en groupes denses en bordure des creux de vasières et des chenaux de ces immenses vasières entre les îles hollandaises et allemandes et le continent. Elles sont vastes, mouvantes et peu accessibles aux prédateurs. La nourriture est abondante aux « pieds » des canards avec de fortes densités d'hydrobies et de jeunes Macomes. Dès que les nouvelles rémiges sont fonctionnelles ils vont abandonner cette zone de mue pour retrouver dès septembre leurs quartiers d'hiver dont fait partie ancestralement la baie de Somme. De 58.000 à 75.000 Tadornes de Belon hivernent en France dont 4000 à 8000 en baies de Somme et d'Authie. Ces grands écarts de chiffres sont dus au fait que lors des vagues de froid de nombre oiseaux peuvent quitter la mer des Wadden aux Pays Bas et en Allemagne pour filer plus au sud. Les principaux sites de nidification français sont sur la façade atlantique notamment dans le marais breton (Vendée), en Charente maritime, dans le Finistère et le Morbihan. Si l'espèce reste très maritime, elle niche aussi en petit nombre à l'intérieur des terres notamment dans les bassins de décantation. Le Tadorne de Belon est une espèce protégée, certes en expansion, mais le nombre de couples français reste modeste autour de 6000 couples.

P. Caruette 11 juillet 2020 crédit photo S. Bouilland