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Le blaireau

La découverte d'une blaireautière en lisière est une chance.

Les nombreuses gueules avec des toboggans bien lisses, des tas de terre bien fraîche, des empreintes larges de « mini ours » dans la boue fraîche de la pluie bienfaitrice de la veille, la citadelle est bien occupée. Il vous reste à attendre le spectacle au crépuscule, bien immobile, appuyé dos à un arbre, à contre-vent.

Les ombres de la nuit envahissent le sous-bois. Soudain, à l'entrée du plus gros terrier se dessine une forme bicolore. On dirait un énorme berlingot réglisse menthe fluorescent à son extrémité. Un blaireau adulte vient de se réveiller pour partir en maraude. Prudent, il hume l'air, analyse chaque odeur, chaque ambiance de la nature et de ses habitants. Le ressenti est favorable, il y va. Il est bientôt suivi par quatre membres du clan, de tailles variables.  Ils se grattent, se reniflent, se toilettent les uns les autres comme joyeux de partir en balade nocturne ensemble.

Les plus petits font la voiture balai de la sortie. Pas d'analyse de l'air pour ces mini berlingots délurés, qui ne pensent qu'à jouer, à se courir après et à se pousser, quitte à oublier que les adultes sont déjà en chasse. Un vrai cirque comique qui fait penser qu'ils ont la joie de vivre en famille. Mais les grands savent où ils vont et prennent les sentes ancestrales en des directions communes ou séparées. Les jeunes tout à leur insouciance devront apprendre ces gestes qui ne sont nullement dictés par le hasard. La pluie d'hier va donner la destination des prairies pâturées où les lombrics seront remontés en surface, peut-être limaces et batraciens seront-ils au rendez-vous ou même des bulbes de narcisses... chez le blaireau, tout fait ventre ! La nuit tombée, les bandes blanches sur le front et les joues se voient comme autant de cataphores clairs qui permettent aux individus de se repérer au-delà des odeurs. Il est temps de se lever, le « spectacle » est fini, les animaux se fondent dans la nuit, leur nuit...

Ph. Carruette - 9 juin 2021 - crédit photo Andy Ballard