Actualités

Les premiers amphibiens

Pour les amphibiens, l'extrême douceur de ces premiers jours de février avec les pluies continuent sonne le glas de l'inactivité pour certaines espèces. Humidité, durée du jour en augmentation et températures au-dessus de 8°C provoquent un réveil des amphibiens en hibernation. Les tritons ponctués sortent de leur trou pour se diriger bien lentement vers des points d'eau claire. Crête sur le dos et franges aux orteils, certains mâles en habit de noces sont déjà prêts pour la parade nuptiale. Les crapauds communs sont aussi de sortie, surtout les petits mâles. Pour eux, le trajet est souvent plus long. Leur hibernation s'est faite dans un bois ou dans un champ à l'abri dans un trou de rongeur. La reproduction toujours en milieu aquatique les oblige à rejoindre leur point d'eau de naissance. Les mâles se reconnaissent à leur petite taille. Durant leur déplacement se repérant sur la lune et comptant sur leur mémoire, ils peuvent rencontrer une bien plus volumineuse femelle et sans servir comme monture (et plus si affinité !) jusqu'à la mare. Arrivée à l'eau, la femelle va pondre ses centaines d'œufs gélatineux en chapelet aussitôt fécondés à l'extérieur par l'intrépide petit cavalier, lui aussi plutôt collant ! Mais la concurrence est toujours rude et les mâles toujours plus nombreux et plus précoces sont souvent à plusieurs sur le dos des premières belles aux yeux orangés. Parfois, ils leur arrivent même de se tromper avec le premier voisin qui leur tombe sous la patte ! Heureusement alors le mâle mal choisi, émet un cri flûté qui signale qu'il n'est pas le bon choix !

On se souvient tous d'une soirée douce et pluvieuse de mars où des centaines de crapauds communs circulent sur une portion de route où déjà bien des cadavres sont éclatés sur le bitume brillant. Il ne fait d'ailleurs pas bon de sortir un samedi soir pour ces amphibiens. On connaît aujourd'hui bien les mesures prises sur certains secteurs avec des seaux de récupération, des rondes nocturnes de naturalistes faisant passer côté mare les animaux, voir pour les routes plus récentes des crapauducs, passages protégés sous la route sur le principe des passages à gibier. Un geste citoyen encore plus à la portée de tous consiste aussi à ralentir lors de ces déplacements prioritaires. Il est vrai que ces voies de « migration » sont ancestrales et que les animaux passaient là bien avant la construction des routes asphaltées. Dans certains lieux de Lorraine notamment de petites routes peuvent être fermées quelques nuits par an (avec bien entendu une indispensable déviation...) le temps des plus forts rushs de passage en mars. Cela laissera on l'espère le temps au crapaud de bien vieillir puisque certains individus peuvent dépasser 13 ans. Une fois la ponte terminée, la vie du Crapaud commun et de la plupart des batraciens sera 100% terrestre. Ne soyez alors pas étonné de le voir bien loin de l'eau. La longue marche du crapaud vient de commencer (le verbe crapahuter vient de là...) et les obstacles seront nombreux. Et une vague de froid tardive pourra retarder éclosion et développement des têtards néanmoins bien résistants.

Plus étonnant encore est la précocité de sortie de la Grenouille verte qui elle a une vie totalement aquatique et a tendance à sortir en début de printemps, à l'inverse de la Grenouille qui sort et pond tôt pour ensuite vivre une vie terrestre. Pour toutes ces espèces ces sorties très précoces sont un véritable danger. Tout d'abord il faut qu'il trouve de la nourriture et tous sont carnivores, il leur faut donc trouver des invertébrés notamment aquatiques à une période où ils ne sont pas nombreux. Ensuite un brusque coup de froid avec des gelées sévères peut provoquer une mortalité importante (ces animaux ont la même température que l'air ambiant) et une obligation de retourner en hibernation. Comme pour les chauves-souris ces alternances multipliées de repos hivernal et réveils précoces sont source de dépenses d'énergie importantes.

Philippe Caruette 3 février 2020

Crédit photo  G Deserable