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Mai voit arriver les derniers migrateurs

Point de retard, ils ont toutes leurs bonnes raisons biologiques pour arriver à la bonne heure. Leur a été épargné notre mois d'avril venteux. Quel contraste entre les températures vécues pendant six mois en Afrique de l'Ouest voire en Afrique centrale ! Mais les oiseaux ne souffrent pas vraiment du froid, leur plumage de plumes et de duvet est un parfait isolant. Nombre de ces migrateurs pour ne pas dire la totalité en cette période sont bien de stricts insectivores ! Dans les forêts humides, on retrouve avec plaisir le sifflement d'abord timide puis de plus en plus sonore du Loriot. Il recherche les boisements humides et frais mais situés dans un environnement chaud et ensoleillé. Il nous revient d'Afrique centrale voir de plus au sud, en faisant un des plus grands migrateurs de notre région. Pour lui revenir c'est être là justement là au « temps des chenilles » et des multiples insectes des jeunes feuilles de la ripisylve, base de la nourriture des adultes et des poussins au printemps. Les mâles arrivent toujours quelques jours avant les femelles. C'est l'occasion de poursuites au sommet des grands arbres, les oiseaux étant très territoriaux sur leur domaine d'une dizaine d'hectares. Malgré son plumage rutilant, jaune et noir, (loriot vient du latin aureolus : d'or), le loriot reste très discret et farouche. Mais ces couleurs jaune verdâtre ne sont-elles pas en totale harmonie avec les reflets de lumière en frondaisons dans le feuillage de la canopée ? Là où soleil et chlorophylle se mêlent, le loriot élit domicile. Etant foncièrement arboricole, le loriot ne se pose quasiment jamais. Il boit l'eau de la rosée ou happe un peu d'eau en vol au-dessus des étangs à la manière de l'hirondelle. C'est dans nos vallées humides boisées qu'il est le plus présent.  

Dans les jardins arborés, on prend plaisir à retrouver le Gobemouche gris. Sobre de plumage, il est pourtant facile à reconnaître par son comportement. Perché sur une branche dégagée ou le fil à linge, il volète sur place avant de se reposer au même endroit. C'est sa manière de capturer en plein vol moustiques, papillon et d'éventuelles mouches ! Sous ces aspects humbles, c'est pourtant un bien grand migrateur qui va hiverner jusqu'en Afrique du Sud. Les tâches printanières sont bien définies chez cette espèce qui n'a pas de temps à perdre. L'emplacement du nid sera choisi par le mâle mais construit rapidement par la femelle qui couve seule ravitaillée par le mâle. La pose de nichoir semi-ouvert dans un endroit calme est bien acceptée par cet oiseau. Les couples les plus précoces vont arriver à élever deux nichées. Ce comportement de retour de migration tardif est en relation avec sa nourriture d'insectes volants liés aux températures chaudes. Comme nombre d'insectivores stricts, notre Gobemouche est dans une situation d'évolution de population catastrophique. En Grande Bretagne les effectifs ont chuté de 50% entre 1966 et 1976, et de 80% ces dix dernières années. Il est maintenant classé dans la liste rouge des espèces menacées dans ce pays. En France c'est une des espèces jadis communes qui montrent l'un des déclins les plus forts ces vingt dernières années en perdant aussi plus de la moitié de ces effectifs. La diminution générale et constante de la quantité d'insectes et une succession de printemps froid et venteux dans les années 2000 en sont les principales causes.

P Caruette 20 mai 2020 crédit photo V Caron

En ville c'est le Martinet noir qui est bien de retour. Ces vols migratoires importants ont continué à longer le littoral ou les grands vallées ces derniers jours. Lors de journées venteuses on pouvait assister à de spectaculaires rassemblements d'oiseaux bloqués au-dessus des étangs par un vent contraire. C'est là qu'ils peuvent éventuellement trouver encore quelques insectes volants.  A peine arrivés à destination des fidèles lieux de nidification, leurs cris remplissent les tours des cathédrales et des immeubles les plus hauts de nos villes.  Leurs cris stridents donnent toujours à nos villes du nord des airs de Méditerranée...Le peu d'oiseaux bagués retrouvés sur les lieux d'hivernage nous indique que les martinets nous reviennent du Congo ou même aussi d'Afrique du Sud. Ils vont nicher sous les gouttières, dans les cavités étroites des pierres de toute époque. Mais il faut bien avouer que nos nouvelles constructions très lisses et hermétiques leur sont moins favorables que celles du gothique flamboyant ! Oiseau pourtant bien étrange que le Martinet noir qui ne vit pratiquement que dans et pour le ciel. Il s'y nourrit, s'y accouple et y dort en haute altitude, porté par les courants d'air chaud. Il ne se pose que pour nicher dans sa cavité que le couple fidèle à vie sait retrouver chaque année. Cela veut dire que durant les 8 mois passés en Afrique pour les adultes ou durant trois ans pour les immatures, il ne touchera jamais le monde terrestre !