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Surprenant le tadorne ?

Perché au sommet d’une dune un couple de tadornes de Belon surveille les alentours.

Etrange de voir ainsi un canard bien loin de l’eau dans un milieu aussi « désertique ». Pas pour le tadorne qui, sur le littoral, a l’habitude de nicher dans les terriers de lapin de garenne. En avril, les femelles prospectent les massifs dunaires à la recherche d’un terrier accessible dans un espace suffisamment dégagé pour atterrir. Elles entrent et sortent régulièrement de chaque trou, le mâle restant toujours « à la porte ». C’est là que Madame va couver durant 28 jours sa douzaine d’œufs au fond du terrier dans une chambre sur un épais nid d’herbes sèches tapissé de duvet. On trouve parfois des couvées de plus de 15 œufs mais elles sont dues à deux femelles qui ont convoité le même terrier ! Le mâle veille aux alentours et appelle la cane deux fois par jour pour qu’elle sorte se nourrir à marée basse dans la baie de Somme ou d’Authie. Il la raccompagne ensuite au terrier sans jamais y entrer. Un vrai garde du corps gentleman !

Mais le tadorne est-il vraiment un canard ? A bien des égards, il se rapproche davantage des oies avec leur plumage identique pour le mâle et la femelle, la fidélité des couples et leur comportement assez terrestre. Mais leur régime est à nette dominance carnivore (hybrobies, crustacés…) et leur bec est bien celui d’un canard ! Nicher dans un endroit dissimulé est une obligation pour la femelle aux couleurs vives mais cela n’a pas que des avantages. La prédation par le renard notamment est extrêmement forte sur les femelles au nid dans les dunes et certains couples de canidés semble s’être spécialisé dans cette proie à en voir les cadavres à l’entrée de leurs terriers.

Faute de terrier, les couples de tadornes vont nicher sous les blockhaus, dans un fourré épineux, une fissure de rocher…La baisse drastique du lapin de garenne, le boisement rapide des dunes fermant les milieux limitent maintenant le nombre de couples nicheurs de tadornes. Si l’espèce reste assez abondante en hiver sur notre littoral (jusqu’à plus de 15 000 oiseaux lors des hivers rigoureux), le nombre de couples nicheurs est en baisse. On constate aussi une extension vers des zones intérieures notamment les bassins de décantation.

Ph. Carruette - 8 mai 2021 - crédit photo S. Bouilland