De nombreux canards, grands migrateurs partiels, sont moins sensibles aux vagues de froid devenues plus irrégulières. En « bons pionniers », économisant l’énergie, ils vont choisir de tenter d’hiverner plus au nord. La mémoire de l’espèce et le succès de l’expérience avec le temps va faire le reste. Il y a 30 ans, les souchets étaient peu nombreux en hivernage sur le littoral picard. Ceux qui voulaient y passer les 4 mois d’hiver complets avaient plus de chance de trouver des étangs gelés sur une longue période, écourtant leur hivernage et supprimant la mémoire de ce site jugé trop risqué.
Aujourd’hui, plus de 600 souchets peuvent hiverner sur le littoral picard dans les espaces de quiétude. Comme la Camargue et les bassins de lagunage de Rochefort, c’est devenu un lieu d’hivernage important en France. De nouvelles espèces hivernent maintenant en nombre dans notre région comme les busards des roseaux, les barges à queue noire ou les spatules blanches.
L’hivernage ne sera pourtant pérenne que si la nourriture est disponible. Il y a beau avoir la douceur, si le « frigo » est vide, il est plus qu’hasardeux de rester sur ce territoire. On le voit avec les quelques spatules blanches hivernantes qui ne prolongent guère leur stationnement après décembre. Les coups de vent perpétuels les gênent et les affaiblissent dans leur recherche de nourriture peut-être aussi ? La mémoire d’hivernage se perpétue mais reste toujours évolutive. La clef de voûte fondamentale reste et restera toujours la richesse de l’habitat. Sans elle, point de salut pour les espèces.
P Carruette 22 octobre 2024 Crédit photo S Bouilland