Le tambourinage des pics

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L’inconsistant mois de mars alterne cette année entre extrêmes douceurs et petites gelées ou quelques rares pluies. La lumière est enfin revenue avec une semaine entière de ciel bleu après les gelées matinales. Cela a un effet « boostant » sur le règne animal et végétal. C’est l’ordre naturel des choses mais les températures restent particulièrement élevées.

C’est peut-être en forêt, milieu fermé, que la vie active efface quelque peu le si grand silence du cœur de l’hiver. Le tambourinage des pics résonne dans une cathédrale de troncs que sont les hêtraies picardes. Qu’ils soient épeiches, épeichettes, ou noirs, le martèlement d’un tronc ou d’une branche creuse est le moyen auditif de marquer jalousement le territoire pour un oiseau qui n’a pas de chant. Et cela s’entend de bien loin, véritable « tam, tam » dans un monde végétal où il est si facile de passer inaperçu.

Le pic vert à l’inverse tambourine bien rarement, comptant sur son puissant rire métallique pour défendre son domaine vital. En picard, on le nomme ainsi « pleupleu », son cri annonçant paraît-il la pluie. Le pic vert va bien plus souvent que les autres espèces chercher sa nourriture au sol. Il cherche larves et œufs de fourmis notamment sur les pelouses ou les prairies bocagères.

Les autres pics recherchent larves et insectes xylophages dans le bois mort. Grâce à un bec fort, cette espèce résiste bien aux vagues de froid, pouvant creuser un sol légèrement gelé. A l’inverse des autres pics il semble totalement sédentaire hormis des mouvements de juvéniles en fin d’été en quête de nouveaux territoires. Tous ont un outil remarquable ; une longue langue terminée par deux crochets pouvant se saisir avec dextérité du petit peuple du bois mort.

En 2009, un nouveau pic est apparu dans la Somme : le pic mar. Julien Buissart, guide naturaliste au parc du Marquenterre, l’a découvert dans les chênaies et vieilles hêtraies de la forêt de Crécy. Les les couples y ont bien augmenté depuis. Il fut aussi remarqué dans le secteur de Boves à partir de 2006. Dans le reste du sud de la Picardie, bien plus boisée, il est bien présent dans l’Aisne notamment en forêt de Saint-Gobain et dans les vastes massifs du nord de la Thiérache. Les grands massifs de l’Oise (Chantilly, Compiègne, Laigue…) accueillent aussi de nombreux couples de ce pic bigarré à la calotte rouge, plus petit que le Pic épeiche.

Ph. Carruette 18 mars 2025 – © S. Bouilland