Le départ des hirondelles

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Le regroupement des hirondelles sur les fils est un grand « classique » qui ne passe jamais inaperçu : .

Chez les hirondelles rustiques les premiers regroupements se font fin juillet. Jeunes et adultes ont fini de nicher et se réunissent chaque soir par milliers dans les roselières ou même les champs de maïs. Les hirondelles ne se déplacent ni ne migrent de nuit à l’inverse de nombreux insectivores. Certains couples finissent une deuxième couvée tardive (du fait de l’échec fréquent des premières avec le printemps froid) ou plus rarement cette année une troisième couvée. Les adultes continuent à dormir près du nid et partiront plus tard. Même si le taux de mortalité va être fort chez ces jeunes tardifs, les parents ne les abandonnent normalement pas et ils partiront ensemble vaille que vaille vers l’Afrique.

Chez l’hirondelle de fenêtre (au croupion blanc nichant sur les façades des hautes maisons), il est plus fréquent de voir encore des jeunes au nid en septembre. Les rassemblements en matinée sur les fils annoncent les départs imminents. Elles partent alors en groupes lâches sur un large front, effectuant 200 à 300 km par jour. Elles se déplacent à une vitesse de 40 à 50 km/h souvent à moins de 100 mètres du sol. Elles ont « inventé » le ravitaillement en vol puisqu’elles continuent leurs déplacements migratoires tout en gobant des insectes en vol. Un vent violent contraire, des pluies denses peuvent vite affaiblir jusqu’à la mort les oiseaux les moins bien préparés et ce sont justement souvent ces plus jeunes entrés depuis peu dans la vie. Des estimations grossières donnent 375 millions d’hirondelles (nichant en colonies dans les berges des étangs), 220 millions d’hirondelles rustiques et 90 millions d’hirondelles de fenêtre quittant l’Europe pour l’Afrique.

Une hirondelle rustique baguée en Afrique du Sud sur son site d’hivernage fut capturée en Sibérie où elle a niché 34 jours plus tard soit à 12 000 kmde son point d’origine ! Si on ose faire une comparaison humaine, il faudrait à un homme marchant 12h/j, 7 mois pour effectuer cette « migration » …alors que l’hirondelle ne fait que 25 grammes ! Les hirondelles rustiques qui nichent dans nos bâtiments vont passer l’hiver à l’ouest du bassin du Congo (Gabon, Nigeria…). Celles qui nichent en Angleterre partent vers l’Afrique « anglophone » (Lesotho, Afrique du Sud) et des oiseaux bagués en Pologne ont hiverné au Zimbabwe. Le record connu de longévité est un oiseau britannique âgé de 15 ans 11 mois et 18 jours mais dans l’immense majorité des cas, les oiseaux âgés de plus de 5 ans restent bien rares !

Septembre est aussi la pleine période de migration des fauvettes. Elle passe totalement inaperçu puisqu’elle a lieu de nuit. Néanmoins le matin on remarque dans les sureaux et les ronciers une abondance de fauvettes à tête noire, la plus connue et abondante de la famille. Les mâles ont la calotte noire et la femelle marron clair. Leur plumage peut être alors taché de violet par le jus des baies riches en sucre qui leur procurent l’énergie nécessaire au voyage. Les fauvettes des jardins passent inaperçues avec leur plumage beige sans signe distinctif et les fauvettes grisettes et babillardes cherchent les vastes buissons épineux. On est là aussi souvent sur de très grands migrateurs transsahariens ! Les rapaces ornithophages comme les éperviers ou les faucons hobereaux sont aussi en migration, suivant leurs proies dans leurs déplacements saisonniers.

Ph. CARRUETTE – 29 septembre 2023  © S. BOUILLAND