Décembre a pris le profil de novembre, humide, venteux et guère gelé… ! Un dicton dit qu’à la Saint-Pierre (18 janvier) l’hiver s’en va ou se resserre. Faut-il encore qu’il soit là, mais les dictons datent de temps où on ne parlait pas de changements climatiques, tout du moins pas à l’échelle mondiale !
Les derniers oiseaux arrivés en hivernage dans notre région sont les harles piettes. Ce petit canard plongeur (650 grammes) de la taille d’une sarcelle d’hiver a la particularité d’avoir de petites « dents » au niveau du bec lui permettant en plongée permanente de se nourrir de petits poissons ou crustacés. Il nous arrive de l’extrême nord de la Scandinavie et de Russie. Il a encore une particularité : celle de pondre dans un trou d’arbre, souvent une loge de pic noir proche de l’eau. Ils sont un peu le mythe de l’oiseau du nord n’arrivant que lors des coups de froid. Et pourtant au fil des années, même par hiver doux, notre littoral, notamment le Parc du Marquenterre, est devenu un vrai site de tradition d’hivernage peut être du fait de l’augmentation des effectifs européens. Les mâles de harle piette sont superbes avec leur plumage blanc pur à méticuleux liserés noirs comme inscrits à l’encre de Chine. Hélas, ils sont plus casaniers que les femelles ou les juvéniles et préfèrent tout de même stationner plus au nord de l’Europe (surtout en mer Baltique). Comme c’est souvent le cas pour les canards nordiques plongeurs, ces oiseaux nichent dans la taïga dans les trous des arbres morts. Lors des vagues de froid comme en 1995, jusqu’à plus de 200 oiseaux peuvent hiverner en Picardie, se regroupant sur les plus grands plans d’eau non gelés ou le canal de la Somme ou sur l’Oise. L’hivernage du harle piette reste modeste en France avec 200 à 400 individus surtout dans la partie nord du pays sur une cinquantaine de sites (grands lacs champenois et lorrains, cours du Rhin, vallée de la Marne…).
Même lors des hivers doux comme ces derniers années, le Parc du Marquenterre accueille chaque année des hivernants. Une véritable tradition d’hivernage s’est ainsi instaurée, les oiseaux nordiques ayant mémorisé ce site d’hivernage qui leur est favorable. Avec son vol rapide et son aspect sombre chez les femelles, cette espèce peut être souvent confondue en vol avec d’autres canards plus communs, mais comme tous les harles elle est strictement protégée.
Ph. Carruette – 2 janvier 2021 – crédit photo M Benedetti