Le martin pêcheur

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Les premiers jours de janvier peuvent être bien choisis pour faire une balade le long d’une rivière. A cette période le lieu est certes plus calme. On remarque tout de suite que les niveaux du cours d’eau ont un peu augmenté par rapport à l’été très sec. Les pluies de cette fin d’année ont logiquement pu recharger les nappes. L’année 2025 reste une année sèche (797 mm) pour notre région littorale avec 920 mm en moyenne pour ces 20 dernières années. Toute zone humide doit vivre au fil des saisons sa période d’assec estivale et d’abondance voire de crue en automne et fin d’hiver.

Ce sera ainsi l’occasion, surtout si le temps va aux gelées, de croiser le Martin pêcheur. A peine a t-on le temps de le voir passer comme une flèche bleue au ras de l’eau qu’il a déjà disparu. C’est là qu’il faut vite repérer où il va se poser. Il a ses perchoirs de pêche habituel où il sait que « le coin » est favorable à la capture de petits poissons ou invertébrés aquatiques. En cette période de grisaille, c’est agréable de voir que le Martin pêcheur possède un des plumages les plus éclatants de nos oiseaux européens. C’est aussi paradoxalement aussi un plumage de camouflage. Selon la lumière le bleu du dos et des ailes varie de milles nuances en harmonie avec l’eau. Le ventre orange rouille se marie bien aussi avec les berges sablonneuses où il niche dès mars. Le martin se nourrit essentiellement de petits poissons (de moins de 10 cm) et d’insectes aquatiques. Il apprécie les étangs, fleuves et rivières et parfois même en hiver le bord de mer comme en baie d’Authie ou à l’estuaire de la Maye. Sa méthode de pêche consiste à se poster sur une branche à l’affût du moindre mouvement aquatique. Puis il se raidit, rabattant ses plumes, et plonge complètement sous l’eau ailes entrouvertes. Les yeux fermés par la membrane nyctitante, le martin se saisit de la proie sous l’eau. Il ressort le poisson au bec, éclair d’argent tout frétillant. Il assomme souvent sa proie sur la branche où il se repose, avant de l’avaler la tête la première dans le sens des écailles. Chaque plongeon n’est bien entendu pas une réussite. L’oiseau rate souvent sa proie, notamment les juvéniles encore peu expérimentés. Un hiver doux est une aubaine pour celui qui craint les surfaces d’eau prises par les glaces le privant de sa nourriture en bordure de berge. Une adaptation remarquable peut lui sauver la vie, celle de pêcher en vol sur place, à la manière d’un colibri, pour atteindre des zones d’eau libres plus au large des berges. Mais cette technique est moins fiable et demande beaucoup plus d’énergie. Il ne faudrait pas en conclure que le Martin pêcheur est strictement sédentaire. Les informations dues au baguage montrent que les adultes nicheurs sont plutôt sédentaires. Les jeunes par contre quittent le territoire de naissance sous la pression des adultes sans direction bien définies. Ils ne vont pourtant pas occuper un territoire tout proche même si celui-ci est vacant. Des oiseaux, surtout juvéniles, venant de Belgique, Pays Bas, Allemagne, voire d’Europe centrale gagnent alors la France. Après une période de déclin entre 1970 et 1990, la population européenne semble avoir retrouvée des effectifs conséquents sans pour autant avoir atteindre ses effectifs initiaux. En France, la population nicheuse n’est que de 30.000 couples. La tendance des hivers doux permet maintenant un taux de survie plus fort des jeunes de première année qui devront ensuite trouver le meilleur territoire de reproduction au printemps, à condition de cours d’eau diversifié en habitat et riches en micro faune…La boucle est bouclée, quel que soit les évolutions la qualité de notre environnement de vie reste l’élément fondamental à notre avenir collectif quel que soit notre espèce.

 

P Carruette 6 janvier 2025 Crédit photo D Delfino