Quel retour et conquête étonnants pour cette espèce emblématique, symbole du dieu Tot égyptien. Il y a
40 ans l’espèce était sur le point de s’éteindre en France avec moins de 300 couples localisés en zones montagneuses. Les nids étaient surveillés jour et nuit pour éviter tout dérangement et trafic de poussins. Aujourd’hui plus de 1800 couples nichent en France soit 20% de l’effectif européen. Dans les Hauts de France, l’espèce a retrouvé nos falaises calcaires. Nouveauté, comme en Grande Bretagne, des couples s’installent en plaine sur des poteaux électriques ou des silos agricoles. Et même en ville comme aux Etats Unis. Les grandes cathédrales gothiques remplacent les hautes falaises rocheuses comme à Albi, Strasbourg, Dôle ou au Mont Saint Michel. On le voit se poser sur la cathédrale ou la tour Perret d’Amiens, ou fréquenter les sites industriels du Dunkerquois ou du bassin minier. En milieu urbain, le Faucon pèlerin va alors se nourrir de pigeons domestiques, moineaux, pies…Un ou deux couples sont revenus sur nos falaises picardes dans les années 1990, prolongement des couples normands. Des oiseaux immatures sont en permanence en recherches de nouveaux sites de nidification et s’adaptent tant que les proies sont disponibles. Par contre la nidification dans les arbres connus en France au 19 ème et début du 20ème siècle (le rapace occupant alors de vieux nids de corvidés) ne semble plus exister. Que de chemin positif parcouru pour cet oiseau mythique de notre enfance que l’on ne croyait voir que dans les livres ou les reportages télévisés pour des images tournées en Scandinavie ou en Amérique du Nord, ou dans des combes tenues secrètes du Jura. Les premiers récits et études de René Jean Monneret spécialiste jurassien de l’espèce me faisait rêver et partir en montagne surveiller sous la neige les derniers couples de Faucon pèlerin nicheurs. L’époque était au braconnage des jeunes pour la fauconnerie. Aujourd’hui les oiseaux utilisés pour cet art sont nés en captivité et nombre de fauconniers ont été des pionniers dans les lois qui ont protégé les rapaces en 1972. (merci aux deux frères Terrasse pour leur investissement dans cette « croisade ») Aujourd’hui c’est, en certaines régions de montagne, la progression spectaculaire du Hibou grand duc qui limite l’expansion du Faucon pèlerin. Le grand rapace nocturne peut en effet capturer les poussins à l’aire et même tuer des faucons adultes la nuit au dortoir ! Et les préoccupations et mobilisations, bien plus complexes, concernent des espèces autrefois prospères comme la Perdrix grise, l’Alouette des champs ou le Moineau friquet … ! La nature est loin d’être figée, chacun quel qu’il soit, tente de trouver sa place dans une constante évolution.
P Carruette 14 février 2026 Crédit photo de Pixabay