Chez les grèbes ou les foulques, les adultes se partagent la tâche de nourrir les poussins. Chaque parent, mais souvent la femelle, prend en charge deux ou trois poussins. Plus curieusement, on retrouve ce partage chez des passereaux comme le rougequeue noir où les jeunes partent dès la sortie du nid soit avec le père ou la mère. Chez le merle noir, c’est le mâle qui finit l’élevage des juvéniles. La merlette entame, elle, une nouvelle couvée. Cela a le mérite d’une meilleure exploitation du territoire alimentaire et d’une dispersion des jeunes toujours très vulnérables à la prédation.
Durant la nidification, de multiples comportements atypiques peuvent être observés mettant en déroute bien des affirmations généralistes. L’étude du comportement (l’éthologie) montre aussi et surtout la différence individuelle. Le 12 mai 2012, trois jeunes cigogneaux de trois semaines meurent dans un nid au parc du Marquenterre (Somme). Le froid et les pluies de ce printemps hors norme leur ont probablement été fatals. Le couple est resté plusieurs jours sur le nid essayant de « s’occuper » des trois petits cadavres. Puis la femelle de 4 ans (baguée en Belgique) s’est attaquée à un autre nid de cigognes, tentant de tuer les poussins. Le mâle est resté fidèle à son nid d’origine, continuant même à y amener des matériaux. Cette espèce ne pond pas de couvée de remplacement.
On le voit bien ici, deux individus d’un même couple, ont adopté deux réactions différentes face à la perte de sa progéniture. L’éthologie montre bien que chaque individu est différent, et que même si l’instinct est présent, la part de la « réflexion » est loin d’être négligeable. Lors de saisons où la colonie est calme, sans stress, des poussins d’avocette peuvent être « adoptés » par un couple de mouettes rieuses voisin, ou un jeune huîtrier élevé par un couple d’avocettes !
Ph. Carruette – 28 mai 2025 © S. Bouilland