En ce début mai même si quelques jours ensoleillés ont ponctué le printemps, les températures très basses et même les gelées tardives à l’intérieur des terres sont toujours d’actualité persistante. Sur le littoral où les pluies ont été conséquentes pour un mois d’avril et les vents persistants et continus c’est la chaleur qui manque. Cela a automatiquement des conséquences sur les chaînes alimentaires qui sont véritablement « cassées ». Les eaux insuffisamment réchauffées des marais ne favorisent pas l’éclosion et le développement larvaire des invertébrés. Les prédateurs qu’ils soient insectes comme les libellules encore quasi absentes, poissons ou oiseaux se voient privés de sources de nourriture indispensables à la reproduction ou aux déplacements migratoires. Les femelles en mauvaise condition physique vont retarder ou limiter leur ponte voir ne pas pondre du tout. C’est particulièrement vrai pour les Echasses blanches revenant d’Afrique de l’ouest qui avec leur fin bec en aiguille se nourrissent d’insectes à la survie de l’eau. Les mâles montrent d’éventuels emplacements de nids aux femelles, mais celles-ci en situation physique défavorable ne sont pas encore en capacité de pondre. Pour les espèces les plus précoces va se poser le problème de nourrissage des poussins. Point de soucis pour les Foulques macroules ou les Cygnes tuberculés qui sont principalement herbivores. Mais pas pour les canetons de Canard colvert qui ne trouvent pas d’invertébrés à la surface de l’eau. Pour qu’un poussin de canard vole dès 8 semaines il en faut des protéines animales ! De plus les canes, faute de nourriture, stressent et s’occupent alors moins bien de leurs poussins, accentuant les pertes. Escargots, vers de terre ou limaces sont irrégulièrement actifs et donc peu accessibles pour les Merles noirs ou les Grives musiciennes en plein nourrissage. A l’inverse dans les régions à fort déficit hydrique ce manque d’humidité rend les vers de terre inaccessibles, et c’est bien la nourriture de base des poussins de Merle noir. On peut se dire que les secondes couvées ou les couvées de remplacement seront plus favorisées mais elles sont toujours en effectifs moindres que les premières nichées, et ne sont pas la généralité de toutes les espèces.
P Carruette 6 mai 2024 crédit photo S Bouilland