Sur tous les étangs de notre région, il est aisé de remarquer une présence accrue de Foulques macroules. Notre « blairie » picarde est facilement reconnaissable à son plumage sombre et son bec blanc surmonté d’une plaque frontale de couleur identique chez les adultes. Sa masse ronde quasi sans queue, notamment quand elle se nourrit au sol, lui donne des allures de « pintade ». C’est certainement l’oiseau le plus facilement visible et reconnaissable sur une zone humide. De la famille de la Gallinule poule d’eau (les rallidés, rien à voir avec les poules domestiques), elle a pourtant des habitudes bien différentes de sa petite cousine au bec rouge et jaune pour les adultes. Quasi totalement herbivore, la foulque plonge peu longtemps et peu profondément sous l’eau pour exploiter les herbiers de potamots et autres plantes aquatiques ou algues vertes. Dans un port de mer comme au Tréport, elle peut manger mousses et algues sur les berges bétonnées. Au sol, elle se nourrit de graines et graminées diverses souvent en compagnie des Canards siffleurs ou de troupes d’oies sauvages dans les grands lacs et marais. C’est là que l’on peut remarquer ses grosses pattes gris bleuâtres, trilobées, outil type « couteau suisse » utile pour des déplacements terrestres limités ou pour une nage lente. Ces trois lobes de peau aplatis au sol, prennent la forme d’une rame quand ils sont pliés dans l’eau. Au sol, la peau épaisse étalée joue le rôle de raquette donnant une stabilité à l’oiseau sur un sol meuble. Les doigts sont munis de puissantes griffes acérées, armes efficaces lors des combats entre les couples, très territoriaux au printemps. Les ailes sont courtes et arrondis, en faisant à premier vue un oiseau plutôt sédentaire. Pourtant bien des oiseaux nés en Pologne, Allemagne, Finlande, voir même Russie viennent encore passer l’hiver dans nos régions, effectuant une migration peu visible puisqu’elle a lieu quasiment que de nuit. Plus de 260.000 Foulques hivernent en France tant nicheurs locaux que migrateurs nordiques, dont environ 25.000 en Picardie. Ces effectifs nationaux hivernants ont quasiment doublé entre 1970 et 2006. Cela semble plus dû à l’augmentation des nicheurs locaux qu’à un apport supplémentaire de migrateurs. En effet avec les changements climatiques, les oiseaux les plus nordiques semblent ne plus atteindre si souvent notre région. Les plus grands rassemblements hivernaux se retrouvent en Camargue, au lac de Grand Lieu en Loire Atlantique, au lac du Bourget et le long des cours du Rhin et du Rhône ou les grandes gravières d’Ile de France. En Picardie elle fréquente aussi bien les lagunes saumâtres du littoral que les grandes ballastières des vallées notamment sur la Bresle qui est le site picard le plus important d’hivernage avec parfois lors des débuts de coups de froid jusqu’à 3000 oiseaux. Mais des rassemblements de foulques peuvent avoir aussi lieu en été de juillet à septembre quand les oiseaux muent après la reproduction. A cette période comme pour les cygnes, les foulques perdent toutes leurs grandes plumes des ailes en même temps et ont bien du mal à voler. Elles vont alors se regrouper sur des plans d’eau riches en plantes aquatiques qui sont bien mémorisés depuis des générations comme les étangs de Cléry sur Somme peu profonds et riches en végétation aquatique.
P Carruette 7 décembre 2025 Crédit photo S Bouilland