De la roselière aux buissons forestiers les grands mâles rejoignent les compagnies pour quelques jours. Les affrontements entre individus de même stature, rares à observer, sont des plus spectaculaires. On est bien loin des petits accrochages réguliers, presque bon enfant, sur les lieux de gagnage, se terminant par une courte poursuite. Coups de boutoir, morsures et estafilades des défenses aiguisées sur les grès marquent à vie la peau des belligérants. Heureusement que la graisse accumulée en fin d’été et l’épaisseur de la peau des flancs font office de bouclier tout comme l’épaisseur de la toison d’hiver. Grognements et odeurs âcres sont aussi prenants surtout quand les animaux sont observés en soirée dans l’emprise de la roselière du marais où les odeurs sont si olfactives. Le but final est de conquérir les laies en œstrus. Au moment du rut les femelles salivent, déposant sur les végétaux et troncs cette écume blanche chargée de substances sexuelles. Autant de point de repère, de stimuli pour leurs partenaires d’un jour. Les laies sont aussi agressives n’hésitant pas à mordre leur prétendant, c’est elles qui décident aussi pour les accouplements. Curieusement, année après année, ces comportements se répètent pratiquement toujours sur les mêmes secteurs comme autant d’arènes et de retrouvailles pour perpétuer l’espèce en toute sécurité. Les marcassins viendront au monde 115 jours plus tard en fin d’hiver dans un « chaudron », un « nid » abrité de l’humidité composé de feuilles et d’herbes sèches.
P Carruette 11 décembre 2025 crédit photo S Bouilland