En mer ce sont les Bernaches cravants qui remontent vers le Nord. Leurs grands rassemblements bruyants dans les estuaires de l’Atlantique (golfe du Morbihan, Arcachon, Baie de Bourgneuf…) commencent à se fractionner. Plus de 150.000 Cravants hivernent en France ce qui est 70% de la population sibérienne.
Quelques plus rares individus au ventre plus pâle sont même originaires du Canada arctique, du Spitzberg ou du Groenland. Les Bernaches cravants sont exceptionnellement observées à l’intérieur des terres et restent cantonnés sur le littoral. C’est là que ces petites oies noires trouvent sur l’estran les herbiers de zostères et d’ulves. La quasi absence de ces ressources alimentaires dans les estuaires picards font que seuls quelques individus y hivernent. Cette année ont en a la chance d’avoir 23 oiseaux qui ont hiverné sur les mollières du Cap Hornu et au Parc du Marquenterre. C’est en mer proche à distance visuelle de la côte que l’on remarque leurs mouvements en longues lignes sombres au ras des vagues. Leurs vols rapides et puissants font penser que les distances infinies à parcourir ne semblent les inquiéter. Là aussi des haltes vont avoir lieu en mer des Wadden, en Baltique, avant de gagner les terres sibériennes à la fonte des neiges. Une légende bretonne issue de croyances populaires irlandaises ou écossaises ont fait naître cette petite oie d’un crustacé abondant à l’allure de coquillage : le pouce pied ou anatife, mot récent qui dérive du terme anas (canard). Lorsqu’il se nourrit ses tentacules font penser à des plumes d’oiseaux. Le terme bernache vient aussi de bernique, la patelle ou chapeau chinois. Les arrivées et départs brutaux des Bernaches cravants sont liés aux grandes marées découvrant les gisements d’anatifes autant de raisons pour faire naître dans les imaginations un mariage entre l’oiseau migrateur du ciel et le fond des océans…
P Carruette 21 février 2024 Crédit photo A Mercier