Poussés par un vent de sud-ouest les flots ont recouvert l’ensemble de nos estuaires jusqu’au pied des dunes et des digues. Plus de 7 200 huîtriers pie, courlis cendrés et barges rousses ont rejoint les reposoirs traditionnels, voire ancestraux, que sont les polders du Marquenterre ou l’avant du banc de l’Ilette en perpétuelle évolution. Au sud les reposoirs de bécasseaux se font sur les levées de galets, les crochons, le long de la route blanche à Cayeux. La nouveauté vient dans les beaux rassemblements de barges rousses, près d’une centaine, un nombre important à cette époque. Cette petite barge aux pattes courtes est étonnante dans ses migrations. Nicheuse en Laponie scandinave et russe, en zone arctique, elles vont en majorité passer l’hiver en Afrique. Cette distance parfois supérieure à 6 000 km, peut être parcourue en 72 heures d’une seule traite ou avec un arrêt intermédiaire de quelques jours aux Pays-Bas. Près d’un demi-million de ces oiseaux vont ainsi hiverner au Banc d’Arguin en Mauritanie après leur mue. Environ 50 000 se rendent en mer des Wadden aux Pays-Bas. L’hivernage côtier français est assez faible mais en récente augmentation de l’ordre de 10 000 oiseaux concentrés en Bretagne (Baie de Goulven) et en Vendée et en Charente-Maritime (Baie de l’Aiguillon, Noirmoutier…). Sur les vasières, ils trouvent à se nourrir à vue de macomes, grosses arénicoles et vers polychètes. Comme souvent chez les limicoles, les femelles sont plus grandes avec un bec plus long que les mâles. Cela leur permet d’aller plus loin dans l’eau et de sonder plus profondément le substrat. Du fait de leurs sites de nidification très nordiques et à faible densité humaine, ces oiseaux sont souvent bien peu farouches notamment lorsqu’elles se reposent en été, épuisées, sur nos plages.
Ph. Carruette – 23 oct 2020 – Crédit photo S. Bouilland